mercredi 21 octobre 2009

Vaccins grippaux H1N1

Préambule: ce billet n'a pas pour vocation d'inciter à la vaccination ou son contraire!

Voici la synthèse établie par la Revue Prescrire, seule revue médicale française indépendante et sans conflits d'intérêts:

Plusieurs vaccins grippaux monovalents inactivés contre le virus H1N1v sont autorisés ou annoncés d'ici la fin de l'année 2009. Ils diffèrent sur plusieurs critères, tels que : type de vaccin (virus entier, fragmenté, ou à "sous-unités"), présence ou non d'adjuvant lipidique (visant à amplifier la réponse immunitaire et à augmenter le rendement de production), présentation unidose ou multidoses, conservateur ou non.

Les agences du médicament ont mis en place des procédures accélérées pour évaluer les données fournies par les firmes et permettre une commercialisation rapide des vaccins grippaux H1N1v. Au 30 septembre 2009, seuls quelques résultats préliminaires d'études d'immunogénicité à court terme chez des personnes en bonne santé sont publiés.

Les vaccins grippaux H1N1v à virus fragmenté ou à "sous-unités" sans adjuvant s'apparentent à ceux habituellement utilisés contre la grippe saisonnière. Selon des résultats préliminaires, la réponse immunitaire a été considérée satisfaisante chez plus des trois quarts de 240 adultes âgés de moins de 65 ans ayant reçu un vaccin H1N1v de ce type. Selon les résultats préliminaires d'une autre étude chez 70 enfants ayant reçu un autre vaccin H1N1v du même type, la réponse a paru, comme prévisible, moindre chez les plus jeunes.

Un vaccin grippal avec adjuvant lipidique MF59C.1 est commercialisé contre la grippe saisonnière depuis plusieurs années. Dans une étude, la réponse a été considérée satisfaisante chez plus des trois quarts de 100 adultes âgés de moins de 50 ans ayant reçu un vaccin H1N1v de ce type. L'adjuvant lipidique AS03 est de composition voisine de celle de l'adjuvant MF59C.1, laissant présumer un effet immunogène voisin.

Au 30 septembre 2009, on ne dispose d'aucune donnée d'évaluation concernant le vaccin H1N1v à virus entier, seul vaccin grippal de ce type.

Dans les études d'immunogénicité chez les adultes, les effets indésirables ont été ceux prévisibles (réactions locales et douleurs musculaires le plus souvent). La fréquence a paru plus élevée avec un adjuvant lipidique. L'adjuvant MF59C.1 n'expose que rarement à des effets indésirables systémiques graves, et bénéficie d'un recul plus important que l'adjuvant AS03.

Chez les nourrissons et les femmes enceintes, la présence d'adjuvant lipidique dans les vaccins grippaux H1N1v soulève des interrogations en termes immunitaires, et d'éventuelles convulsions fébriles du nourrisson.
Une surveillance active des effets indésirables neurologiques, tels que le syndrome de Guillain-Barré, est de mise comme pour tous les autres vaccins grippaux, et surtout avec le vaccin à virus entier.


Une présentation unidose en seringue préremplie prête à l'emploi est préférable pour mettre à l'abri d'une contamination microbienne et des risques liés à un conservateur.

En pratique, bien qu'encore parcellaires, les données disponibles au 30 septembre 2009 justifient une vaccination des personnes à risque élevé de complication grave de la grippe H1N1v, et aussi de celles qui les entourent et qui les soignent. Plusieurs vaccins sont proposés. Le vaccin doit être choisi, selon les disponibilités, pour réduire au minimum les risques d'effets indésirables, notamment chez les nourrissons et les femmes enceintes jugés à risque : c'est-à-dire de préférence un vaccin à virus fragmenté sans adjuvant.

©Prescrire 15 octobre 2009

Vaccin grippal H1N1v fragmenté sans adjuvant: Panenza®
Vaccin grippal H1N1v fragmenté ou à sous-unités avec adjuvant lipidique MF59C.1: Focetria®
Vaccin grippal H1N1v frgamenté ou à sous-unités avec adjuvant lipidique AS03: Pandemix®
Vaccin grippal H1N1v à virus entier inactivé: Celvapan®

dimanche 12 juillet 2009

Petites réflexions autour de l'éducation thérapeutique

Depuis que je réponds aux personnes me demandant ce que je fais que je suis master d’éducation thérapeutique, je n’échappe pas à la question : « mais qu’est-ce que l’éducation thérapeutique ? » Mince alors, mais qu’est-ce que l’éducation thérapeutique, au-delà de la simple description pragmatique de l’activité d’éducation thérapeutique du patient ?

L’éducation thérapeutique ne se résume donc t’elle qu’à un transfert de savoirs des professionnel de santé vers les patients au sujet des traitements et de la maladie ? Est-ce des activités organisées, y compris un soutien psychosocial, conçues pour rendre les patients conscients et informés de leur maladie, des soins, de l’organisation et des procédures hospitalières, et des comportements liés à la santé et à la maladie. Ceci a pour but de les aider (ainsi que leurs familles) à comprendre leur maladie et leur traitement, collaborer ensemble et assumer leurs responsabilités dans leur propre prise en charge dans le but de les aider à maintenir et améliorer leur qualité de vie ? (HAS, 2007)

Cette question pose nécessairement la question de la connaissance. Les connaissances, au sens épistémologique constructiviste, sont construites, adaptées, négociées, organisées par les personnes pour faire sens de ce qui se produit ; la connaissance est indissociable du sujet connaissant : elle n’a de sens ni de valeur en dehors de lui (Sarbin & Kitsuse, 1994).
C’est à partir de sa propre expérience du réel que la personne construit sa connaissance : la connaissance ne se trouve ni dans l’objet de connaissance, ni dans le sujet connaissant mais elle se développe dans leurs interactions. Il n’y a donc pas de vérité objective mais une connaissance pragmatique, au sens où elle se révèle progressivement par l'expérience.
De plus, la personne n’accède à l’objet de connaissance que par son propre projet de connaissance, c’est-à-dire par rapport à l’objectif qu’elle s’est fixée en lien avec l’acquisition de nouvelles connaissances. Par conséquent, les connaissances étant fonction du rapport que la personne entretient avec la réalité à travers ses expériences, il n’y a pas une seule réalité mais des réalités multiples qui sont des constructions mentales locales, spécifiques et contextualisées, qui sont élaborées par la personne pour donner du sens au vécu.
La connaissance n’est alors connaissance que si la personne lui accorde une valeur propre. Et, c’est par l’expérience que la personne lui attribue cette valeur en appréciant les conséquences des actions qu’il a élaborées à partir de cette connaissance. La connaissance est alors viable, c'est-à-dire qu’elle permet à la personne de survivre ou d’atteindre un but signifié.
La variabilité des connaissances à propos d’un même objet de connaissance ne signifie pas que les connaissances des uns soient plus vraies que celles des autres et encore moins qu’elles soient figées. En effet, une connaissance viable fonctionne et reste la même dès lors qu’aucune autre expérience ne vient la contredire ou la déstabiliser. Cependant l’échec de la connaissance dans une nouvelle situation, qui crée un déséquilibre entre la connaissance et l’expérience de la personne, permet la résurgence du principe de réalité. Dès lors, les connaissances changent, évoluent et se modifient par réfutation ou adaptation de l’ancienne connaissance. Il y a donc construction d’une nouvelle connaissance, à partir de l’ancienne, qui permet de retrouver l’équilibre.
Le sujet est l’auteur et l’acteur de sa connaissance à travers ses expériences, ses projets de connaissances et ses connaissances plus anciennes.

Mais alors qu’elle conséquence pour le professionnel de santé ?
Bien au-delà du centrage sur la personne en lui accordant une importance centrale dans la participation et la collaboration du programme d’éducation thérapeutique, cela implique que la connaissance du professionnel de santé éducateur thérapeutique n’est pas plus vraie que celle du patient, même si elle correspond aux savoirs biomédicaux codifiés. En outre, la connaissance dépendant d’un projet de connaissance personnel de la personne, le professionnel de santé éducateur thérapeutique ne peut donc pas définir ce qu’un patient a à connaître. Les programmes d’accompagnement et éducation thérapeutique doivent donc créer les conditions de création des connaissances par le patient selon leur propre projet de connaissance et non basiquement transmettre un savoir codifié inutile à la personne. Cela demande le renoncement de la part du professionnel de santé éducateur thérapeutique à l’autorité de sa propre connaissance, celles-ci n’ayant pas plus de valeur que celles du patient.

Ainsi, l’éducation thérapeutique viserait à rendre la personne autonome, créative et libre.
… au final ne serait-ce pas ce que devrait faire toute éducation ?



Haute Autorité de Santé (2007), Éducation thérapeutique du patient Définition, finalités et organisation

Sarbin T. R. et Kitsuse, J. I. (1994), Constructing the Social, Londres, SAGE Publications Ltd, 270p.

vendredi 15 mai 2009

Ils vont faire la connaissance avec nos pieds, oui avec nos pieds!*

Le pharmacien coordinateur vient d'être rayé de la Loi HPST en seconde lecture au Sénat! Le pharmacien de coordination devait pouvoir renouveler périodiquement des traitements chroniques, ajuster au besoin leur posologie et effectuer des bilans de médications destinés à en optimiser les effets. Que l'ajustement de posologie fasse grinçer des dents... médicales, soit. Mais qu'il en soit de même pour le bilan de médication, non! Car cela revient purement et simplement à nous dire que nous n'avons plus à nous occuper des interactions médicamenteuses. Or cet article n'a pas été retiré du code de santé publique, lui!

Egalement rayé de la carte, le pharmacien comme éducateur de santé: donc si je prends une fois de plus au pieds de la lettre ce que viennent de dire les sénateurs, je n'ai plus à expliquer le fonctionnement d'un aérosol à un diabétique, les précautions innérantes aux anticoagulants, etc... Soit.

Donc en fait, ils résument notre activité à celle de simple logisticien et dispensateur du médicament; autrement dit: épicier du médicament. Je ne peux m'empêcher d'être ambivalent: triste et déçu car j'aime ce métier, je crois en ses possibiltés pour le patient et en colère contre mes pairs (non confrères désormais) qui dérivent de modèle bio-économique (déjà non satisfaisant à mes yeux) au modèle économique; vous noterez au passage que depuis l'attaque de Leclerc il y a un an, les panneaux promotionnels fleurissent dans les officines françaises: MEL a gagné, il nous a attaqué sur les prix, on a répondu sur les prix, nous avons décidé de jouer sur son terrain au lieu de modifier notre pratique en offrant autre chose, au lieu d'inventer une prise en charge pharmaceutique.

Vous éclairez cette suppression par le sénat par le décret du 4 avril dernier qui augmente le seuil à partir duquel un titulaire est obligé d'embaucher un pharmacien adjoint, autorisant l'emploi de personnel moins qualifié (la je vais prendre à travers la figure tous les préparateurs!) précipitant toujours plus vite la pharmacie française vers la prophétie sociologique des Drs. Cebe et Aiach annoncée en 1995 au colloque de Paris de l'Association Internationale de Sociologie: « Dans une version pessimiste et quelque peu caricatural de l’avenir, on peut imaginer le pharmacien [d’officine] pris dans un engrenage pouvant le mener à sa perte : avec la rentabilité de son officine laminée (par des mesures touchant les médicaments prescrits) obligé d’avoir recours à un personnel moins nombreux et moins qualifié tandis qu’il croulerait lui-même sous le poids des tâches administratives, contraint, pour assurer sa survie, à une dérive commerciale inévitable, il pourrait voir la part du temps qu’il est susceptible de consacrer au conseil et au contrôle des prescriptions se réduire dramatiquement, de telle sorte que la remise en question de la légitimité de son monopole se trouverait pleinement justifiée »


Le titre du billet est un clin d'oeil à l'hymne des pharmaciens (attention, âmes sensibles...)
*L' HYMNE DES PHARMACIENS
C'est nous les pharmaciens qui venons vous trouverDu fond des facultés pour vous administrerLes capotes, les forceps, la poudre à faire banderEt la vaseline Codex pour mieux faire pénétrerLa pine dans l'con comme un couteau dans l'beurreLes impuissants baiseront avec ardeur, avec ardeur !Et si quelqu'un nous traite d'épiciers, oui d'épiciersSon cul fera connaissance avec nos pieds, avec nos pieds.
REFRAIN :
Baisons, ma mère,Devant, derrière,Les p'tites pucelles,Les vieilles maquerelles,Les filles de rien,Les sales putains.C'est nous les pharmaciens !
Les littéraires sont des andouilles,Les P.C.B. sont des bizuths, oui des bizuths !Vingt carabins n'valent pas la couilleD'un pharmacien, c'est bien connu, c'est bien connu !
En marchant, en gueulant, en baisantC'est nous les pharmaciens...
Et quand plus tard dans nos boutiquesOn s'souviendra du bon vieux temps. du bon vieux tempsOù nous bandions raides comme des triques.C'était l'époque de nos vingt ans, de nos vingt ans.
Les pharmaciennes ont la peau douceElles épuiseraient un régiment, un régiment !Il la leur faut bien de six pouces,En largeur naturellement, naturellement !
Bien rembourrées devant, derrière,C'est le propre de nos consœurs, de nos consœurs !Un bon pilon dans la matièreNe remplace pas un bon baiseur, un bon baiseur !
Ainsi baisons à tour de rôleCa ne sort pas de la maison, de la maison !Si quelqu'un attrape la véroleLe 606 aura raison, aura raison !

vendredi 13 février 2009

Parce que je la préférais avant!

Du second degré à méditer...


Les Guignols de l'info, Canal+, 12 février 2009

mercredi 11 février 2009

Devoir de refus de dispenser un médicament

Ce billet nait, une fois n'est pas coutume, d'un conflit lors d'une conversation avec des amis pharmaciens. Deux blocs s'affrontaient sur le fait de savoir si les pharmaciens avaient le devoir (et le droit) de refuser de délivrer un médicament si ils jugeaient qu'il est nuisible à la santé du patient - ie. interactions contre-indiquées absolues ou relatives, associations déconseillées, contre-indications - alors que le médecin, contacté, maintenait sa prescription.

Voilà la réponse du Code de Santé Publique:
"Lorsque l'intérêt de la santé du patient lui paraît l'exiger, le pharmacien doit refuser de dispenser un médicament. Si ce médicament est prescrit sur une ordonnance, le pharmacien doit informer immédiatement le prescripteur de son refus et le mentionner sur l'ordonnance."*


*Article R4235-61 du Code de Santé Publique

vendredi 6 février 2009

Education thérapeutique et Pharmaciens

Aujourd'hui j'ouvre le Moniteur des pharmacies du 31 janvier 2009: un article m'attire l'oeil: "Jamais sans mon pharmacien" avec en sous-titre "Un bel exemple de ce dont un pharmacien est capable en matière "d'éducation thérapeutique"".

Intrigué, curieux, intéressé me voilà plongé dans une revue que j'avoue ne jamais lire. Quelle ne fut pas ma déception lorsque je constatai que ce pharmacien, qui a au demeurant eu une très belle démarche, n'avais pas fait d'éducation thérapeutique mais "seulement" un accompagnement en aidant une personne dépressive à retisser des liens sociaux. C'est d'ailleurs à cet moment-là que je percute que dans le sous-titre, l'expression "éducation thérapeutique" est justement entre guillemets!

Cependant, le titre est là... et confirme un peu ce que je commence à intuiter: l'éducation thérapeutique étant à la mode, on la met à toutes les sauces. Cà c'est une chose. Mais je suis en train de me demander dans quelle mesure elle ne va pas être dénaturée par diverses corporations, dont la mienne, pour reconquérir ou un pouvoir ou une légitimité perdue. Car ce qui me sidère à chaque fois que je parle d'éducation thérapeutique avec un confrère, c'est qu'il n'y voit que la formalisation du Conseil Officinal! Autrement dit, une manière de rémunérer les conseils dont nous sommes si fier de dire qu'ils sont gratuits.

A mon sens, les pharmaciens ne peuvent pas en l'état actuel des choses faire de l'éducation thérapeutique car ne serait-ce qu'en donnant une information, ils peuvent avoir l’image de pousseurs à la consommation. C’est ce qui fait écrire à Deccache: « les pharmaciens sont critiqués en raison de l'enjeu et de l'aspect commercial de leur démarche. Qu'il y ait un enjeu financier, nul n'en doute et il est normal. Ce qui est plus nocif à l'image du pharmacien conseiller est le fait que dans certains cas, cet enjeu supplante celui de la santé des patients ». De plus, il y a le problème de l'amalgame avec l'industrie pharmaceutique qui a une image très défavorable en raison de la course au profit.

Deccache A. Le pharmacien éducateur pour la santé réalité ou illusion? Sciences & Officine. 2002(5):8-11.

jeudi 4 décembre 2008

Tamoxifène et terbinafine... suite

Je vais réintégrer le service pharmaceutique de l'hôpital de la Croix Rousse pour monter les consultations du suivi médicamenteux des patients transplantés hépatiques.

Or le pharmacien qui va être mon responsable est l'un des maître des intercations médicamenteuses en France. En fait, c'est lui qui m'a formé à leur détection il y a maintenant trois ans... Du coup j'évoque avec lui les deux ou trois interactions "marrantes" que j'ai vu et notamment celle entre le tamoxifène et la terbinafine; et notamment ma difficulté sur le coup: l'interaction n'avait pas été publiée en France à l'époque. Et le comble, c'est qu'elle vient de paraître dans le supplément Interaction Médicamenteuse 2009 de la Revue Prescrire.

Et lui de me répondre: "oui je sais, elle va même être publier sur le thésaurus de l'Afssaps, c'est moi qui l'ait signalée!"