jeudi 21 février 2008

Champion du cytochrome

Petit cas de comptoir qui montre qu'un pharmacien, quand il exploite ses connaisances, peut être utile!

M. L. vient régulièrement pour faire contrôler sa tension artérielle: il a un traitement antihypertenseur depuis quatre cinq semaines. Pourtant, on continue de lui trouver des valeurs à 17/10 mmHg... On lui conseille de recontacter son médecin traitant pour réévaluer le traitement... mais que nenni!
Je lui prends sa tension: 21/11 mmHg! Bon, là on arrête tout! Cà va pas du tout, il faut absolument qu'il consulte! Il est d'accord pour qu'on appelle le médecin immédiatement afin qu'il puisse le recevoir dans les plus brefs délais. Le rendez-vous est pris pour demain matin première heure!
Entre temps, mon sens pharmacologique me travaille et je m'aperçois que le losartan (COZAAR, traitement de base pour l'hypertension) n'est pas actif en lui même mais doit être métabolisé par le cytochrome P450 2D6 pour être actif! Oui et alors me direz-vous! Alors 1% de la population caucasienne est "défisciente" en cytochrome P450 2D6 (on les appelle les "métaboliseurs lents") et en plus M. L. est traité par clodipogrel (PLAVIX) qui est connu pour être un inhibiteur du cytochrome P450 2D6 (il l'empêche de fonctionner)!
Trop content de ma trouvaille, je faxe au médecin l'analyse pharmacologique des traitements de M. L. Intrigué, celui-ci me rappelle illico! Je lui explique que çà ne concerne que le losartan, qu'il peut le supprimer mais que si il souhaite continuer à traiter son patient, pour des raisons pratiques, par un autre sartan, il le peux! Le médecin ne semble pas convaincu... mais bon il ne m'a pas rit au nez... c'est déjà pas mal!
Le lendemain, M. L. vient chercher son nouveau médicament: un sartan! Le médecin, bien que peu convaincu a décidé de me faire confiance! Je croise les doigts!
Les relevés suivants indiquent une baisse de l'hypertension... le médecin ajoutera néanmoins par la suite un diurétique pour finir de la faire chuter! Mais mon analyse semblait juste!


Tout çà pour vous dire que les pharmaciens n'ont pas à avoir honte d'être pharmacien! Nous avons nos propres connaissances sur le médicament! Et si nous les utilisons, en travaillant mains dans la mains avec les prescripteurs, nous améliorerons l'état de santé de nos patient en maîtrisant les dépenses de santé! Car dans ce cas précis, le médecin comptait ne pas arrêté le losartan mais aurait ajouter un nouveau médicament... c'est l'effet millefeuille dont sont victimes beaucoup de nos patients.

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