samedi 29 mars 2008

Le libre accès n'attend pas

Pierre Moustial, directeur général de la firme Urgo affirme sans rire: "la gamme Reflex n'est pas un médicament, car elle ne contient pas de principe actif" (1). Les pharmaciens, dont, théoriquement, le médicament est le métier, savent bien qu'il s'agit là d'un médicament "par présentation, puisqu'il est explicitement "présenté comme possédant des propriétés préventives ou curatives".
Il est vrai que cette référence juridique est périmée: le législateur de l'époque voulait s'opposer au charlatanisme, dans l'intérêt de la santé publique... cela semble bien déridoire aujourd'hui, et contraire à la "libération de la croissance". Faisons donc joyeusement de la croissance, en particulier celle de la firme d'Urgo, avec la crédulité des malades, au détriment de la crédibilité des pharmaciens. Bravo.
Peut-être les pharmaciens qui acceptent de se compromettre ainsi vont-ils bénéficier, un temps, d'un petit chiffre d'affaire supplémentaire, lié à l'achat d'impulsion, favorisé par le libre accès, et la promotion commerciale qui déjà s'orchestre autour de ces gammes, chef-d'oeuvre de marketing, d'incitation à l'achat sous prétexte de maladie, etc. Toute relecture du code de déontologie est à éviter, bien sûr.
Inévitablement, les malades sauront un jour que ce produit "ne contient pas de principe actif". Le pharmacien qui aura trompé leur confiance par mercantilisme à courte vue, aura aussi bradé son principal capital.

Agnès Burnik, pharmacienne (59)

(1)Urgo n'attend pas le libre accès
Le Moniteur des Pharmacies, 27 oct 2007; (2698): 11

samedi 22 mars 2008

Pharmacien prescripteur?

Certains de mes confrères pensent que le pharmacien-prescripteur est l'avenir de notre profession. Moi non! A contrario, je préfèrerais un recentrage sur notre compétence: le médicament.

Néanmoins, avec les déremboursements succéssifs, les patients viennent de plus en plus frapper à la porte de nos officines chercher conseil avant d'aller consulter leur médecin. A nous de savoir reconnaitre les signes cliniques, d'évaluer les caractères de dangerosité et le cas échéant de traiter, si on en a les moyens. Car en effet, les patients sont de plus en plus désabusés d'aller chez leur médecin pour se voir prescrire du non-listé (du "sans-ordonnance") voire pire, du non-remboursé!

C'est pourquoi j'initie une nouvelle rubrique dédiée au "petites pathologies".

La Varicelle

La varicelle est une maladie très contagieuse qui touche essentiellement les enfants de moins de 9 ans. La transmission se fait principalement par voie respiratoire et par les gouttelettes de salive. D'incubation moyenne de 14 jours, la contagiosité commence 2 à 3 jours avant l'irruption cutanée et se poursuit 4 à 5 jours après.

Clinique

On observe une fièvre modérée d'environ 38°C pendant la phase d'invasion.

Puis survient l'éruption cutanée. Elle commence par un tâche rouge (macule) qui va se transformer en bouton (papule) qui gratte.

Ensuite apparaissent en 24 heures les vésicules transparentes en goutte de rosée, entourée d'un fin liseret rouge.


En 48 heures, les vésicules se dessèchent. Une croûtelle brunâtre apparait vers le 4e jour et tombe vers le 10e jour. La fièvre est toujours modérée, aux alentours de 38°C.


Traitement

On traite la fièvre par du paracétamol (15mg/kg/prise 4 fois par jour). L'ibuprofène et l'aspirine (acide acétylsalicylique) étant contre-indiqué.

On traite la gratouille (prurit) par un antihistaminique (PRIMALAN, POLARAMINE...) et des bains d'eau tiède avec un savon dermatologique.

On coupe les ongles courts afin d'éviter toute surinfection bactérienne. De même, on peut utiliser un solution aqueuse de chlorhexidine au sortir du bain.

L'utilisation d'antibiotique n'est pas justifiée car il s'agit d'une infection virale, sauf en cas de surinfection cutanée (Staphylococcus aureus et Streptococcus pyogenes en général).

Ne doivent pas être appliqués sur la peau poudres (et notamment la talc) et pommades qui ne font qu'augmenter le risque infectieux.

Et comme toujours quand çà gratte, preférez le coton et les vêtements amples!

jeudi 20 mars 2008

Vastarel et Parkinson

Voici plusieurs fois que je vois prescrit de la trimétazidine (VASTAREL) pour un patient atteint de la maladie de Parkinson!

Je souhaiterais rappeller que le rôle de la trimétazidine dans le développement ou l'aggravation de troubles parkinsonien est bien établi!

En effet, en 2004, Marti Masso JF publia huit cas de syndromes parkinsoniens imputables à la trimétazidine. Pour ces huit patients, les symptômes disparurent à l'arrêt du traitement (1). La même équipe étudia les dossiers médicaux des 10258 patients suivis dans leur service entre 1990 et 2003: 130 patients prenaient de la trimétazidine. Ils ont suspendu le traitement pour 128 d'entre eux. 20 patients avaient un syndrome parkinsonien qui a totalement régressé à l'arrêt du médicament, ils observèrent une amélioration des symptômes pour 12 autres patients! 4 patients ont vu leurs tremblements cessés et pour 5 autres, ils se sont améliorés! Et ce n'est pas fini! 15 patients avaient un trouble de la marche associé à un trouble de l'équilibre qui s'est amélioré à l'arrêt du traitement. Soit au total 56 personnes sur 128 qui avaient un trouble moteur qui s'est amélioré à l'arrêt de la trimétazidine (2).

Ainsi, la balance bénéfices-risques est nettement défavorable pour la trimétazidine et notamment chez un patient parkinsonien.



(1) Martí Massó JF.
Trimetazidine-induced parkinsonism
Neurologia. 2004 Sep;19(7):392-5

(2) Martí Massó JF, Martí I, Carrera N, Poza JJ, López de Munain A.
Trimetazidine induces parkinsonism, gait disorders and tremor.
Therapie. 2005 Jul-Aug;60(4):419-22

jeudi 13 mars 2008

PROZAC, un petit séisme?: fin

Face aux résultats du travail du Pr Kirsch (Cf ici), nous pouvons émettre quelques remarques.

En effet, les 47 études inclues ont généralement été conduites sur six semaines. Or, l’effet antidépresseur n’apparaît qu’au bout de deux à trois semaines. Ainsi, un effet positif de l’antidépresseur peut passer inaperçu. De plus, ces études ne prennent pas en compte l’intérêt sur les rechutes de la poursuite du traitement antidépresseur lors de la phase de stabilisation. Enfin, l’important effet placebo dans la prise en charge de la dépression est reconnu puisque ne sont inclus dans les essais thérapeutiques sur les antidépresseurs que les patients n’ayant pas été nettement améliorer par le placebo lors de la phase préliminaire de l’étude.

Il n’y a donc pas lieu de remettre en cause la balance bénéfice-risque de cette classe pharmacologique.

Le point négatif est en réalité la médiatisation de cette métaanalyse qui a engendrer une suspicion des patients à l’égard de leur traitement antidépresseur, pouvant entraîner des arrêts brusques de traitement. Ces arrêts brutaux pouvant être à l'origine de syndromes d'interruption. Enfin, ce travail peut amener l’idée d’une remise en cause de la dépression comme maladie. En effet, il apparaît que sociologiquement, la douleur psychique du patient déprimé est sous-estimée et que l'opinion populaire tend à penser que ce dernier doit faire un effort sur lui-même.

dimanche 9 mars 2008

La paille et la poutre

Ce mois-ci, nous venons de cumuler les bourdes à la pharmacie. En effet, la titulaire a fait une mauvaise substitution: elle a substitué le FOSAVANCE (acide alendronique + vitamine D) par de l'acide alendronique seul; une préparatrice a délivré du COAPROVEL 300/25 au lieu du COAPROVEL 300/12,5. Ces deux erreurs ont été corrigées à temps: nous nous en sommes aperçus et avons contacté les patients concernés. Néanmoins, pour ma part, j 'ai répéter par deux fois consécutives pour le même patient le même erreur sur le dosage de la minocycline: j'ai délivré du 100 au lieu du 50!

Ce pose du coup le problème d'identifier les causes de ces erreurs: fatigue, consolidation des acquis, mauvais rangement dans les tiroirs, négligence au comptoir lorsqu'on vérifie nos délivrances.

Enfin, comment y remédier? J'ai toujours pensé que la double vérification d'une délivrance par une tiers personne était la meilleure façon d'éviter ces accidents. En effet, des questionnements sur l'écriture du médecin, sur une possible interaction, ou simplement le patient qui vous parle suffisent à endormir votre vigilance quelques secondes.

La double vérification est lourde à mettre en oeuvre mais est à mon sens la meilleure manière d'améliorer la sécurité de notre pratique professionnelle.

mardi 4 mars 2008

Oups!

Vous me connaissez vilipandant mes confrères lorsque ceux-ci se complaisent dans la facilité du quotidien rechignant un exercice éthique participatif; vous me connaissez revendiquant auprès des médecins un travail collaboratif!

J'ai oublié à midi une réunion de coordination avec médecins et infirmière pour un nouveau patient en fin de vie qui rentre à domicile...

Ils m'ont bien charrié....

La magie de l'informatique

Hier soir, ma patronne s'est vantée devant une patiente que les logiciels de dispensation "tiltait" lorsqu'on délivrait une interaction... et que du coup, on pouvait se reposer en toute confiance sur eux. délaisssant encore un peu plus nos connaissances!

Vous ajouter à cette réflexion deux erreurs de dispensation que nous avons faites la semaine dernière.

Vous mélanger bien.

Et vous obtenez: le pharmacien est un intermédiaire de santé qui coûte cher... pour rien, car une machine sait déjà faire son job, et sans doute mieux car elle ne se tromperait pas de dosage, elle!