mardi 20 mai 2008

Pourquoi le générique Dextropropoxyphène Paracétamol Winthrop est moins efficace que le Di-Antalvic

"Je veux le vrai! Celui que vous m'avez donné la dernière fois ne fait rien!" Voilà la réaction véhémante d'une patiente suite à l'utilisation du Dextropropoxyphène Paracétamol Winthrop que j'avais substitué au Di-Antalvic.

Pour le coup, me voilà totalement stupéfait! Pourquoi? Parce que le Dextropropoxyphène Paracétamol Winthrop et le Di-Antalvic sont tous les deux fabriqués par le groupe Sanofi, et tous les deux issus du même dossier d'Autorisation de Mise sur le Marché; autrement dit, là, c'est la même gélule qui se trouve dans deux boîtes différentes.

Alors pourquoi cette différence d'efficacité? Pour cela, il faut reprendre tout le parcours de la patiente.

L'adage veut qu'on aille déjà mieux lorsqu'on est dans la salle d'attente du médecin. Le traitement commence dès la consultation médicale. Il est établi que la confiance, pierre angulaire de la relation entre le médecin et son patient, conditionne la réussite du traitement. Cet aspect est renforcé par le rituel de l'examen médical (un médecin est-il compétent lorsqu'il ne vous prend pas la tension?) et la rédaction de l'ordonnance. Une ordonnance rédigée sur petit format avec un stylo à plume a plus d'impact qu'une prescription rédigée sur papier A4 à l'aide d'un traitement de texte. Le patient perçoit inconsciemment une réelle application du savoir et pense être mieux pris en compte dans son individualité. La boîte Di-Antalvic étant la matérialisation de toute ces interactions de la relation médecin-patient.

En changeant le nom du médicament, le pharmacien déprécie le traitement puisque ce dernier ne correspond plus à l'aboutissement de la consultation médical et au savoir du médecin. Les patients ont aussi réellement du mal à avoir la sensation d'être aussi bien soigné avec un médicament qui coûte moins cher. Cette sensation prend racine directement dans notre société où ce qui est plus cher est mieux. Et ceci entre en résonnance avec le fait que la santé est un bien précieux qui ne mérite aucune économie de notre part.

En outre, dans le traitement de la douleur, au vu des essais cliniques, l'effet placebo représente environ 50% de l'effet du médicament.

Enfin, tout comme le médecin est aujourd'hui au goulot d'étranglement des problèmes sociaux, le générique cristallise la colère des patients face au démantellement progressif de l'Assurance Maladie. Face au générique, ils peuvent encore ne pas subir et exprimer leur mécontentement en le refusant contrairement aux déremboursements, où ils ne peuvent être que passifs.

En subsituant le Di-Antalvic, j'ai bousculé toutes ces croyances qui conditionne notre regard et notre ressentit du monde. Alors oui, je comprends pourquoi le Dextropropoxyphène Paracétamol Winthrop est moins efficace que le Di-Antalvic, alors qu'ils sortent du même tonneau.

jeudi 15 mai 2008

"Corporatiste! Et pourquoi y'a que toi qui peux en vendre?"

« Corporatiste ! » Voilà la nouvelle insulte à la mode ! Oui, j’appartiens à une corporation qui existe depuis 1536. Oui, je paie 210€ chaque année pour avoir le droit de travailler. Oui, nous avons le monopole sur le médicament.

Mais ce que beaucoup de personnes ignorent que le monopole pharmaceutique en France est total. Cela signifie que toutes les étapes de la vie du médicament, de sa conception à sa dispensation au patient en passant par sa fabrication et sa distribution, sont sous la responsabilité d’un pharmacien. Mais il va plus loin puisqu’il faut être pharmacien pour posséder des parts dans une pharmacie d’officine et un pharmacien ne peut posséder des parts dans plus de deux autres pharmacies.

Ces dispositions concernant le monopole pharmaceutique ont pour but de limiter les pressions financières sur l’exercice professionnel et ainsi garantir un minimum d’éthique. Cette éthique concerne entre autre l’approvisionnement en médicaments. En effet, notre système est tellement verrouillé que la France n’a pas connu de scandales quant aux médicaments contrefaits. En juillet 2007, une alerte est lancée suite à la découverte de la circulation en Grande-Bretagne (pays où la pharmacie est totalement libéralisée) de lots contrefaits de PLAVIX (médicament préventif de l’athérothrombose en cas d’infarctus du myocarde et d’accidents vasculaires cérébraux) et de CASODEX (médicament indiqué dans le traitement du cancer de la prostate). Ces produits, déficients en principes actifs portaient les mêmes numéros de lots que ceux devant circuler en France. La France retira du marché les « vrais » lots par précaution.



Les notions de monopole et de responsabilité sont indissociables ; la communauté pharmaceutique en est la garante.