dimanche 16 novembre 2008

A pouvoirs exceptionnels : devoirs exceptionnels

Depuis 2002, Le décret n° 2002–39 permet aux mineures d’obtenir la délivrance gratuite et sans ordonnance de la contraception d’urgence en pharmacie. Ce droit de prescription exceptionnel est également partagé avec les infirmières scolaires. Permettez moi d’insister sur le caractère exceptionnel de ce droit de prescription d’un médicament listé (ndla : sur ordonnance) ! En effet, le principe français repose sur le principe éthique de la séparation de la prescription (médecin) et de la dispensation (pharmacien) depuis l’ordonnance de Charles VIII en 1484 !

Le décret prévoit l’obligation de délivrer aux mineures gratuitement et anonymement le « pilule du lendemain » ou Norlevo® après un entretien dasn un lieu confidentiel pendant lequel le pharmacien doit s’assurer la validité de la demande (que le rapport ait eu lieu dans les 72 heures donc que ce n’est pas pour le soir même, qu’il ait été consentant), prévenir des effets indésirables, informer des moyens de contraceptions existants, détecter les croyances relatives aux pilules contraceptives pouvant expliquer un refus de contraception classique, orienter vers un médecin, donner les coordonnées des planning familiaux et des centres d’orthogénies et informer sur les infections sexuellement transmissibles.

Or dans une étude entre juillet 2006 et août 2006 auprès de mineures, le service de gynécologie de Nice (1) a observé que 87% des patientes n’ont pas bénéficié de confidentialité lors de leur demande (celle-ci a été traitée au comptoir, et non dans un local à l’écart des oreilles indiscrètes) et pire : 38% se sont vues refuser leur demande ! Et pour ne pas arranger notre cas, le motif principal de refus (80% des cas) était lié à une exigence de la part du pharmacien de paiement alors que le Norlevo® est gratuit et remboursé pour les mineures ! Les 20% restant étant justifié comme un refus de principe (je considère que ne pas en avoir en stock est par définition un refus de principe) alors qu’il s’agit d’une obligation ! Comme on est plus à çà près : le tiers des patients ont dû justifier de leur âge en montrant leur carte d’identité… alors que la démarche doit être anonyme ; et aucune n’a bénéficié d’une information sur les infection sexuellement transmissibles.

Rappelons que près de 200 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont réalisées annuellement en France. Parmi celles-ci, environ 13 000 sont pratiquées chez des patientes mineures (2).

Alors, quel est l’avenir pour les pharmaciens ? On se gausse de vouloir faire de l’éducation thérapeutique alors qu’on n’est pas fichu que faire un entretien accompagnant un droit et un devoir exceptionnel qui nous a été donné parce que nous sommes reconnu comme des professionnels de santé acteurs de santé publique ! C’est d’autant plus navrant lorsqu’on sait que nombre de mes confrères souhaitent un droit de prescription !

Le Norlevo® met très bien en exergue nos contradictions entre notre volonté de vouloir être considérer comme des professionnels de santé responsables (cf. toutes nos campagnes de publicité pour valoriser notre pratique professionnelle) et la dérive épicière à laquelle nous assistons !

Alors, professionnel de santé ou épicier ?

ABBA, Money Money Money


1. Delotte J, Molinard C, Trastour C, Boucoiran I, Bongain A. [Delivery of emergency contraception to minors in French pharmacies]. Gynecol Obstet Fertil. 2008 Jan;36(1):63-6.
2. Nisand I, Toulemon L. Rapport du Haut Conseil de la population et de la famille. Pour une meilleure pre´vention de l’IVG chez les mineures. De´cembre 2006. http://www.social.gouv.fr