mardi 29 décembre 2009

A part critiquer, tu fais quoi? Hum... un DU?


"A part critiquer tu fais quoi?" Voici une critique facile mais certes vraie. Je tape en effet allègrement sur mes pairs et confrères. Cette remarque a eu le mérite de me faire prendre conscience que je n'avais pas expliciter mon état d'esprit. Je n'attends plus rien des pharmaciens d'officine; j'ai fait le deuil de l'exercice dont je rêve. Et comme tout deuil, j'ai eu ma phase de dépression et, en ce moment, je connais celle de la colère. J'avoue, j'ai fui. J’ai fui dans une nouvelle discipline, et je préfèrerai travailler sur les pratiques pharmaceutiques officinales… plutôt que de m’y confronter. Ce qui doit renforcer encore un peu plus votre répulsion pour mon insupportable arrogance.

Par contre je connais deux pharmaciens d’officine qui, eux, ont le mérite de croire encore à leur rêve. Ils participent tous deux au DU de Pharmacie de Clinique de l’Université Joseph Fourier de Grenoble. L’une est quasi titulaire de son officine de l’Ain et va perpétuer la tradition familiale dans une officine réputée pour sa qualité et son professionnalisme… des conditions rêvées. Le second force le respect et l’admiration : il traverse la France pour une semaine de cours, et n’est qu’adjoint. En d’autres termes, n’ayant sans doutes pas l’opportunité et la liberté d’exercer comme il l’entend (notamment quand on travaille dans une pharmacie de centre commercial) sa participation au DU concrétise véritablement une conviction profonde quant à l’existence d’un exercice pharmaceutique de qualité, et sa confiance en l’avenir de la profession !

Alors, oui, quand on a un peu de courage, on se forme et on traduit cette nouvelle façon d’appréhender la personne dans son officine. Alors oui, chapeau à eux deux !


crédit photo: franck@montreal-et-ailleurs.com

lundi 28 décembre 2009

Alli® : essai manqué pour les pharmaciens

Alli® a fait une entrée triomphale le 6 mai dernier sur le marché des médicaments-conseils (ie. hors prescription) : je me souviens encore des panneaux d’affichage dans les gares et sur les places de marché. Son délistage (ie. vente hors prescription médicale) par les autorités sanitaires avait également valeur de test, le maniement de la pilule Alli® demandant plus de précautions que le Zyrtec®.

Alli® bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché européenne dans le traitement du surpoids (Indice de Masse Corporelle supérieure ou égale à 28kg/m²) en association avec un régime modérément hypocalorique et pauvre en graisses. Des interactions ont également été signalées avec : les pilules contraceptives, les anticoagulants oraux, le Levothyrox®, les antiépileptiques, l’amiodarone. Aussi, cette mise à disposition en vente libre de l’Alli® était l’occasion pour les pharmaciens d’officine de mettre en valeur leurs compétences sur le médicament et ainsi affirmer la plus value des tâches pharmaceutiques. Il n’est pas question de demander au pharmacien de réaliser le suivi d’un régime – ceci étant du ressort des diététiciens – mais d’accompagner de la « prescription » d’un médicament. Là était tout le sens de la Fiche de d’aide à la dispensation rédigée par l’Afssaps (au passage, il est bon de rappeler que l’Afssaps s’est prononcée contre le délistage de l’orlistat).

Il nous était demandé de nous assurer de l’absence de facteurs de co-morbidité sous-jacents comme l’hypercholestérolémie, le diabète de type II, d’éviter les mésusages comme une durée d’utilisation trop longue, une utilisation par des adolescents, ou une utilisation à des doses trop importantes et de contrôler les interactions médicamenteuses. Et s’agissant d’un médicament avec des effets indésirables, il eût été tout à fait normal que le pharmacien s’enquière du déroulement du traitement et de son efficacité. Je n’ose pas rêver que ces tâches pharmaceutiques pussent être réaliser dans le cadre d’un entretien pharmaceutique (je n’utilise pas le terme de consultation pour ménager les susceptibilités) mais tout au moins lors d’un temps privilégié entre la personne et le pharmacien.

Selon une étude de l’Afssaps, le mésusage d’Alli® a été de 17% (délivrance à des personnes présentant des contre-indications ou ayant un IMC≤28kg/m²). Ce pourcentage est étrangement proche de celui qu’a relevé l’Afssaps concernant le taux de signalements des effets indésirables associés à un usage inapproprié du médicament : 20% des déclarations en pharmacovigilance sont associés à une utilisation hors indication ou en dépit des mises en garde.

On peut également noter que 63% de ces déclarations d’effets indésirables ont été notifiées par les patients eux-mêmes ! Ce qui est rare. On peut se réjouir que l’autodéclaration des effets indésirables par les patients à l’Afssaps soit un succès. On peut également se demander si le fait que ce soit la personne elle-même qui déclare son effet indésirable ne souligne pas le déficit d’accompagnement des pharmaciens dans l’accompagnement de leur « prescription ».

Aussi, la réaction de l’Afssaps est sans appel : elle invite les patients prenant Alli® ou souhaitant débuter ce traitement à consulter leur médecin pour bénéficier d'un bilan de santé, notamment pour détecter d'éventuels risques liés aux pathologies associées. C’est une marque de désaveu profond du rôle d’acteur de Santé Publique du pharmacien d’officine (attention je ne veux pas dire par là que l’utilisation d’orlistat pour maigrir soit la solution la plus appropriée) : cela ressemble fortement à : « On vous a donné l’occasion de nous montrer que vous étiez aptes à diversifier votre activité vers l’accompagnement d’une prescription et non plus à la simple mise à disposition logistique du médicament, vous avez loupé le coche… tant pis ! ».

mardi 22 décembre 2009

Du Tamiflu en veux-tu? En voilà!

Depuis hier matin lundi 21 décembre, toutes les officines de France sont capables de délivrer gratuitement du Tamiflu® à toute personne (française ou étrangère) se présentant avec une ordonnance. Cette mise à disposition fait suite à la recommandation du 10 décembre du Ministère de la Santé sur la nouvelle prise en charge des personnes atteintes de la grippe H1N1: mettre tout le monde sous Tamiflu®.

La réaction des médecins généralistes ne s'est pas faite attendre! Pour avoir une bonne analyse de la situation, je vous recommande de lire le billet de Toubib56. Il résume très bien le fait que cette décision est on ne peut plus surprenante compte tenu de la gravité de la grippe H1N1 qui, en terme de mortalité, est moindre que ce qu'on avait pu craindre. De plus, le Tamiflu ne réduit que d'une journée la durée des symptômes, si il est pris suffisamment tôt, et ne prévient pas les compliations de la grippe (1). Enfin, le Tamiflu®, et notamment chez les enfants, est responsable de nombreux effets indésirables. Les déclarations de pharmacovigilance concernent pour le tiers des effets indésirables graves des jeunes. Et les effets neuropsychiques sont les plus à craindre (2).

Je ne peux m'empêcher de m'étonner du changement de position des autorités françaises sur la prescription massive de Tamiflu. Roselyne Bachelot précisait le 15 juillet dernier: « Il importe de réserver la prescription de ce médicament aux cas qui le nécessitent, afin de ne pas courir le risque de voir émerger des résistances. Je vous demande tout particulièrement de ne pas délivrer ce traitement à des patients qui en feraient la demande à des fins de précaution. »


Et ma surprise d'avoir reçu de l'Etat des boites de Tamiflu® ancienne version. En effet, l'Autorisation de Mise sur le Marché a été révisée récemment, et le Laboratoire Roche en a profité pour relooker la boîte. Ainsi les boites que nous avons reçu ont été fabriquées avant juillet. Soit au moment où on préparait les plans. Plus surprenant, la date de péremption des Tamiflu® reçus de l'Etat: ils périment en mai 2010. Si on suppose, ce qui est raisonnable, que la durée entre leur fabrication et leur date de péremption est ma même que les nouvelles boîtes relookées fabriquées cette année et qui périment en 2013, les boîtes mises à disposition par l'Etat ont été fabriquée en 2006/2007. Et correspondraient donc aux fameuses boîtes achetées et stockées suite à la grippe aviaire!

D'où une hypothèse qu'il serait bon, à mon sens, de vérifier: L'Etat n'aurait-il pas fait le choix de prendre une décision en terme de Santé Publique (ie mettre tout le monde sous Tamiflu®) dans le but de ne pas à avoir à assumer, financièrement et politiquement, la destruction de 33 millions de gélules de Tamiflu®? Car contrairement à ce qu'aurait souhaité Toubib56, ces gélules ne peuvent plus servir pour une autre pandémie: elles devront être détruites en juin 2010.

Et de déplorer, pour ma part, que la seule contestation que j'entende de la part des pharmaciens... c'est qu'ils ne seront indemnisés que de 1€ par boîte de Tamiflu® délivrée...

Mise à jour du 3 janvier 2010: Michel Debré, médecin et député UMP de Paris, la confirme aujourd'hui dans une interview accordée à la Radio France Info.

Ecoutez l'interview de Michel Debré

Mise à jour du 10 janvier 2010: Parution du deuxième bulletin du bilan des notifications des effets indésirables des antiviraux dans le cadre de la grippe H1N1 entre le 1 octobre et le 27 décembre. Sur 143 signalements pour le Tamiflu, on dénombre 46 cas graves. Son implication ne peut pas être exclue pour 18 cas. La palme revient aux effets indésirables se manifestant par des troubles du comportements (7 cas): hallucinations, délires, convulsions, dépression.



(1) Argumentaire du Collège National des Généralistes Enseignants sur l’utilisation systématique des antiviraux dans la grippe H1N1

(2) Prescrire.org, Oséltamivir (Tamiflu° ou autre) : gare aux effets neuropsychiques chez les jeunes

lundi 21 décembre 2009

Le kétoprofène en gel enfin rétiré!

Je pense que ma joie de voir le Kétoprofène (Ketum®) retiré ne va pas faire l'unanimité! Et après l'annonce de la fin de la commercialisation du Dextroproxyphène (DiAntalvic®), beaucoup de personnes vont croire que l'Afssaps n'est pas un ami qui leur veut du bien. Et pourtant, parfois...

Le retrait du marché des formes topiques du Kétoprofène est dû à sa photosensibilité. Malgré les mises en garde des professionnels de santé en 2003, des réactions cutanées graves ont été déclarées au système de pharmacovigilance français (371 cas entre janvier 2001 et février 2009). 371 cas en 8 ans, c'est peu me direz-vous. D'une les données de pharmacovigilance sont souvent sous-évaluantes (peu de déclarations par rapport aux nombres d'évènements indésirables) et de deux, il existe des alternatives thérapeutiques: ibuprofène, diclofénac ou acide niflumique.

Oui mais ils sont moins efficaces me rétorque-t-on! Peut être. A vrai dire il est difficile de se faire une idée objective à ce sujet. Il y a l'efficacité perçue du patient et l'efficacité objectivé par étude randomisée en double aveugle. Et là pour le coup force est de constater que les dossiers mis en ligne par la HAS sont... légers. Les articles cités en référence sont ou de articles de leaders d'opinion, ou des méta-analyses avec comparaison de d'études évaluant l'efficacité des anti-inflammatoires entre eux par rapport à leur propre efficacité versus placebo. Autrement dit pas d'études kétoprofène versus ibuprofène! Etude qui aurait été sans doute intéressante à mener...

Et ainsi la Revue Prescrire de conclure que les essais relatifs à l'utilisation du kétoprofène dans les lombalgies étaient peu rigoureux, que son utilisation ne diminue pas la consommation de paracétamol dans les lombalgies, et que son efficacité est modeste dans les veinites et de l'arthrose des petites articulations (1-3).

De conclure à une balance bénéfice/risques défavorable... chose que vient enfin de faire l'Afssaps!

(1) Ketum gel à 2,5%
Prescrire 1994; 14 (139): 200
(2) Kétoprofène un gel placebo pour lumbago
Prescrire 1998; 18 (180): 17-18
(3) Ketum gel et lombalgies (suite)
Prescrire 1998; 18 (183): 310-311

Mise à jour le 29 janvier 2010: retour du Ketum
Mise à jour le 4 mai 2010: détail de la décision du Conseil d'Etat
Mise à jour le 28 juillet 2010: le Ketum reste

mercredi 21 octobre 2009

Vaccins grippaux H1N1

Préambule: ce billet n'a pas pour vocation d'inciter à la vaccination ou son contraire!

Voici la synthèse établie par la Revue Prescrire, seule revue médicale française indépendante et sans conflits d'intérêts:

Plusieurs vaccins grippaux monovalents inactivés contre le virus H1N1v sont autorisés ou annoncés d'ici la fin de l'année 2009. Ils diffèrent sur plusieurs critères, tels que : type de vaccin (virus entier, fragmenté, ou à "sous-unités"), présence ou non d'adjuvant lipidique (visant à amplifier la réponse immunitaire et à augmenter le rendement de production), présentation unidose ou multidoses, conservateur ou non.

Les agences du médicament ont mis en place des procédures accélérées pour évaluer les données fournies par les firmes et permettre une commercialisation rapide des vaccins grippaux H1N1v. Au 30 septembre 2009, seuls quelques résultats préliminaires d'études d'immunogénicité à court terme chez des personnes en bonne santé sont publiés.

Les vaccins grippaux H1N1v à virus fragmenté ou à "sous-unités" sans adjuvant s'apparentent à ceux habituellement utilisés contre la grippe saisonnière. Selon des résultats préliminaires, la réponse immunitaire a été considérée satisfaisante chez plus des trois quarts de 240 adultes âgés de moins de 65 ans ayant reçu un vaccin H1N1v de ce type. Selon les résultats préliminaires d'une autre étude chez 70 enfants ayant reçu un autre vaccin H1N1v du même type, la réponse a paru, comme prévisible, moindre chez les plus jeunes.

Un vaccin grippal avec adjuvant lipidique MF59C.1 est commercialisé contre la grippe saisonnière depuis plusieurs années. Dans une étude, la réponse a été considérée satisfaisante chez plus des trois quarts de 100 adultes âgés de moins de 50 ans ayant reçu un vaccin H1N1v de ce type. L'adjuvant lipidique AS03 est de composition voisine de celle de l'adjuvant MF59C.1, laissant présumer un effet immunogène voisin.

Au 30 septembre 2009, on ne dispose d'aucune donnée d'évaluation concernant le vaccin H1N1v à virus entier, seul vaccin grippal de ce type.

Dans les études d'immunogénicité chez les adultes, les effets indésirables ont été ceux prévisibles (réactions locales et douleurs musculaires le plus souvent). La fréquence a paru plus élevée avec un adjuvant lipidique. L'adjuvant MF59C.1 n'expose que rarement à des effets indésirables systémiques graves, et bénéficie d'un recul plus important que l'adjuvant AS03.

Chez les nourrissons et les femmes enceintes, la présence d'adjuvant lipidique dans les vaccins grippaux H1N1v soulève des interrogations en termes immunitaires, et d'éventuelles convulsions fébriles du nourrisson.
Une surveillance active des effets indésirables neurologiques, tels que le syndrome de Guillain-Barré, est de mise comme pour tous les autres vaccins grippaux, et surtout avec le vaccin à virus entier.


Une présentation unidose en seringue préremplie prête à l'emploi est préférable pour mettre à l'abri d'une contamination microbienne et des risques liés à un conservateur.

En pratique, bien qu'encore parcellaires, les données disponibles au 30 septembre 2009 justifient une vaccination des personnes à risque élevé de complication grave de la grippe H1N1v, et aussi de celles qui les entourent et qui les soignent. Plusieurs vaccins sont proposés. Le vaccin doit être choisi, selon les disponibilités, pour réduire au minimum les risques d'effets indésirables, notamment chez les nourrissons et les femmes enceintes jugés à risque : c'est-à-dire de préférence un vaccin à virus fragmenté sans adjuvant.

©Prescrire 15 octobre 2009

Vaccin grippal H1N1v fragmenté sans adjuvant: Panenza®
Vaccin grippal H1N1v fragmenté ou à sous-unités avec adjuvant lipidique MF59C.1: Focetria®
Vaccin grippal H1N1v frgamenté ou à sous-unités avec adjuvant lipidique AS03: Pandemix®
Vaccin grippal H1N1v à virus entier inactivé: Celvapan®

dimanche 12 juillet 2009

Petites réflexions autour de l'éducation thérapeutique

Depuis que je réponds aux personnes me demandant ce que je fais que je suis master d’éducation thérapeutique, je n’échappe pas à la question : « mais qu’est-ce que l’éducation thérapeutique ? » Mince alors, mais qu’est-ce que l’éducation thérapeutique, au-delà de la simple description pragmatique de l’activité d’éducation thérapeutique du patient ?

L’éducation thérapeutique ne se résume donc t’elle qu’à un transfert de savoirs des professionnel de santé vers les patients au sujet des traitements et de la maladie ? Est-ce des activités organisées, y compris un soutien psychosocial, conçues pour rendre les patients conscients et informés de leur maladie, des soins, de l’organisation et des procédures hospitalières, et des comportements liés à la santé et à la maladie. Ceci a pour but de les aider (ainsi que leurs familles) à comprendre leur maladie et leur traitement, collaborer ensemble et assumer leurs responsabilités dans leur propre prise en charge dans le but de les aider à maintenir et améliorer leur qualité de vie ? (HAS, 2007)

Cette question pose nécessairement la question de la connaissance. Les connaissances, au sens épistémologique constructiviste, sont construites, adaptées, négociées, organisées par les personnes pour faire sens de ce qui se produit ; la connaissance est indissociable du sujet connaissant : elle n’a de sens ni de valeur en dehors de lui (Sarbin & Kitsuse, 1994).
C’est à partir de sa propre expérience du réel que la personne construit sa connaissance : la connaissance ne se trouve ni dans l’objet de connaissance, ni dans le sujet connaissant mais elle se développe dans leurs interactions. Il n’y a donc pas de vérité objective mais une connaissance pragmatique, au sens où elle se révèle progressivement par l'expérience.
De plus, la personne n’accède à l’objet de connaissance que par son propre projet de connaissance, c’est-à-dire par rapport à l’objectif qu’elle s’est fixée en lien avec l’acquisition de nouvelles connaissances. Par conséquent, les connaissances étant fonction du rapport que la personne entretient avec la réalité à travers ses expériences, il n’y a pas une seule réalité mais des réalités multiples qui sont des constructions mentales locales, spécifiques et contextualisées, qui sont élaborées par la personne pour donner du sens au vécu.
La connaissance n’est alors connaissance que si la personne lui accorde une valeur propre. Et, c’est par l’expérience que la personne lui attribue cette valeur en appréciant les conséquences des actions qu’il a élaborées à partir de cette connaissance. La connaissance est alors viable, c'est-à-dire qu’elle permet à la personne de survivre ou d’atteindre un but signifié.
La variabilité des connaissances à propos d’un même objet de connaissance ne signifie pas que les connaissances des uns soient plus vraies que celles des autres et encore moins qu’elles soient figées. En effet, une connaissance viable fonctionne et reste la même dès lors qu’aucune autre expérience ne vient la contredire ou la déstabiliser. Cependant l’échec de la connaissance dans une nouvelle situation, qui crée un déséquilibre entre la connaissance et l’expérience de la personne, permet la résurgence du principe de réalité. Dès lors, les connaissances changent, évoluent et se modifient par réfutation ou adaptation de l’ancienne connaissance. Il y a donc construction d’une nouvelle connaissance, à partir de l’ancienne, qui permet de retrouver l’équilibre.
Le sujet est l’auteur et l’acteur de sa connaissance à travers ses expériences, ses projets de connaissances et ses connaissances plus anciennes.

Mais alors quelle conséquence pour le professionnel de santé ?
Bien au-delà du centrage sur la personne en lui accordant une importance centrale dans la participation et la collaboration du programme d’éducation thérapeutique, cela implique que la connaissance du professionnel de santé éducateur thérapeutique n’est pas plus vraie que celle du patient, même si elle correspond aux savoirs biomédicaux codifiés. En outre, la connaissance dépendant d’un projet de connaissance personnel de la personne, le professionnel de santé éducateur thérapeutique ne peut donc pas définir ce qu’un patient a à connaître. Les programmes d’accompagnement et éducation thérapeutique doivent donc créer les conditions de création des connaissances par le patient selon leur propre projet de connaissance et non basiquement transmettre un savoir codifié inutile à la personne. Cela demande le renoncement de la part du professionnel de santé éducateur thérapeutique à l’autorité de sa propre connaissance, celles-ci n’ayant pas plus de valeur que celles du patient.

Ainsi, l’éducation thérapeutique viserait à rendre la personne autonome, créative et libre.
… au final ne serait-ce pas ce que devrait faire toute éducation ?



Haute Autorité de Santé (2007), Éducation thérapeutique du patient Définition, finalités et organisation

Sarbin T. R. et Kitsuse, J. I. (1994), Constructing the Social, Londres, SAGE Publications Ltd, 270p.

vendredi 15 mai 2009

Ils vont faire la connaissance avec nos pieds, oui avec nos pieds!*

Le pharmacien coordinateur vient d'être rayé de la Loi HPST en seconde lecture au Sénat! Le pharmacien de coordination devait pouvoir renouveler périodiquement des traitements chroniques, ajuster au besoin leur posologie et effectuer des bilans de médications destinés à en optimiser les effets. Que l'ajustement de posologie fasse grinçer des dents... médicales, soit. Mais qu'il en soit de même pour le bilan de médication, non! Car cela revient purement et simplement à nous dire que nous n'avons plus à nous occuper des interactions médicamenteuses. Or cet article n'a pas été retiré du code de santé publique, lui!

Egalement rayé de la carte, le pharmacien comme éducateur de santé: donc si je prends une fois de plus au pieds de la lettre ce que viennent de dire les sénateurs, je n'ai plus à expliquer le fonctionnement d'un aérosol à un diabétique, les précautions innérantes aux anticoagulants, etc... Soit.

Donc en fait, ils résument notre activité à celle de simple logisticien et dispensateur du médicament; autrement dit: épicier du médicament. Je ne peux m'empêcher d'être ambivalent: triste et déçu car j'aime ce métier, je crois en ses possibiltés pour le patient et en colère contre mes pairs (non confrères désormais) qui dérivent de modèle bio-économique (déjà non satisfaisant à mes yeux) au modèle économique; vous noterez au passage que depuis l'attaque de Leclerc il y a un an, les panneaux promotionnels fleurissent dans les officines françaises: MEL a gagné, il nous a attaqué sur les prix, on a répondu sur les prix, nous avons décidé de jouer sur son terrain au lieu de modifier notre pratique en offrant autre chose, au lieu d'inventer une prise en charge pharmaceutique.

Vous éclairez cette suppression par le sénat par le décret du 4 avril dernier qui augmente le seuil à partir duquel un titulaire est obligé d'embaucher un pharmacien adjoint, autorisant l'emploi de personnel moins qualifié (la je vais prendre à travers la figure tous les préparateurs!) précipitant toujours plus vite la pharmacie française vers la prophétie sociologique des Drs. Cebe et Aiach annoncée en 1995 au colloque de Paris de l'Association Internationale de Sociologie: « Dans une version pessimiste et quelque peu caricatural de l’avenir, on peut imaginer le pharmacien [d’officine] pris dans un engrenage pouvant le mener à sa perte : avec la rentabilité de son officine laminée (par des mesures touchant les médicaments prescrits) obligé d’avoir recours à un personnel moins nombreux et moins qualifié tandis qu’il croulerait lui-même sous le poids des tâches administratives, contraint, pour assurer sa survie, à une dérive commerciale inévitable, il pourrait voir la part du temps qu’il est susceptible de consacrer au conseil et au contrôle des prescriptions se réduire dramatiquement, de telle sorte que la remise en question de la légitimité de son monopole se trouverait pleinement justifiée »


Le titre du billet est un clin d'oeil à l'hymne des pharmaciens (attention, âmes sensibles...)
*L' HYMNE DES PHARMACIENS
C'est nous les pharmaciens qui venons vous trouverDu fond des facultés pour vous administrerLes capotes, les forceps, la poudre à faire banderEt la vaseline Codex pour mieux faire pénétrerLa pine dans l'con comme un couteau dans l'beurreLes impuissants baiseront avec ardeur, avec ardeur !Et si quelqu'un nous traite d'épiciers, oui d'épiciersSon cul fera connaissance avec nos pieds, avec nos pieds.
REFRAIN :
Baisons, ma mère,Devant, derrière,Les p'tites pucelles,Les vieilles maquerelles,Les filles de rien,Les sales putains.C'est nous les pharmaciens !
Les littéraires sont des andouilles,Les P.C.B. sont des bizuths, oui des bizuths !Vingt carabins n'valent pas la couilleD'un pharmacien, c'est bien connu, c'est bien connu !
En marchant, en gueulant, en baisantC'est nous les pharmaciens...
Et quand plus tard dans nos boutiquesOn s'souviendra du bon vieux temps. du bon vieux tempsOù nous bandions raides comme des triques.C'était l'époque de nos vingt ans, de nos vingt ans.
Les pharmaciennes ont la peau douceElles épuiseraient un régiment, un régiment !Il la leur faut bien de six pouces,En largeur naturellement, naturellement !
Bien rembourrées devant, derrière,C'est le propre de nos consœurs, de nos consœurs !Un bon pilon dans la matièreNe remplace pas un bon baiseur, un bon baiseur !
Ainsi baisons à tour de rôleCa ne sort pas de la maison, de la maison !Si quelqu'un attrape la véroleLe 606 aura raison, aura raison !

vendredi 13 février 2009

Parce que je la préférais avant!

Du second degré à méditer...


Les Guignols de l'info, Canal+, 12 février 2009

mercredi 11 février 2009

Devoir de refus de dispenser un médicament

Ce billet nait, une fois n'est pas coutume, d'un conflit lors d'une conversation avec des amis pharmaciens. Deux blocs s'affrontaient sur le fait de savoir si les pharmaciens avaient le devoir (et le droit) de refuser de délivrer un médicament si ils jugeaient qu'il est nuisible à la santé du patient - ie. interactions contre-indiquées absolues ou relatives, associations déconseillées, contre-indications - alors que le médecin, contacté, maintenait sa prescription.

Voilà la réponse du Code de Santé Publique:
"Lorsque l'intérêt de la santé du patient lui paraît l'exiger, le pharmacien doit refuser de dispenser un médicament. Si ce médicament est prescrit sur une ordonnance, le pharmacien doit informer immédiatement le prescripteur de son refus et le mentionner sur l'ordonnance."*


*Article R4235-61 du Code de Santé Publique

vendredi 6 février 2009

Education thérapeutique et Pharmaciens

Aujourd'hui j'ouvre le Moniteur des pharmacies du 31 janvier 2009: un article m'attire l'oeil: "Jamais sans mon pharmacien" avec en sous-titre "Un bel exemple de ce dont un pharmacien est capable en matière "d'éducation thérapeutique"".

Intrigué, curieux, intéressé me voilà plongé dans une revue que j'avoue ne jamais lire. Quelle ne fut pas ma déception lorsque je constatai que ce pharmacien, qui a au demeurant eu une très belle démarche, n'avais pas fait d'éducation thérapeutique mais "seulement" un accompagnement en aidant une personne dépressive à retisser des liens sociaux. C'est d'ailleurs à cet moment-là que je percute que dans le sous-titre, l'expression "éducation thérapeutique" est justement entre guillemets!

Cependant, le titre est là... et confirme un peu ce que je commence à intuiter: l'éducation thérapeutique étant à la mode, on la met à toutes les sauces. Cà c'est une chose. Mais je suis en train de me demander dans quelle mesure elle ne va pas être dénaturée par diverses corporations, dont la mienne, pour reconquérir ou un pouvoir ou une légitimité perdue. Car ce qui me sidère à chaque fois que je parle d'éducation thérapeutique avec un confrère, c'est qu'il n'y voit que la formalisation du Conseil Officinal! Autrement dit, une manière de rémunérer les conseils dont nous sommes si fier de dire qu'ils sont gratuits.

A mon sens, les pharmaciens ne peuvent pas en l'état actuel des choses faire de l'éducation thérapeutique car ne serait-ce qu'en donnant une information, ils peuvent avoir l’image de pousseurs à la consommation. C’est ce qui fait écrire à Deccache: « les pharmaciens sont critiqués en raison de l'enjeu et de l'aspect commercial de leur démarche. Qu'il y ait un enjeu financier, nul n'en doute et il est normal. Ce qui est plus nocif à l'image du pharmacien conseiller est le fait que dans certains cas, cet enjeu supplante celui de la santé des patients ». De plus, il y a le problème de l'amalgame avec l'industrie pharmaceutique qui a une image très défavorable en raison de la course au profit.

Deccache A. Le pharmacien éducateur pour la santé réalité ou illusion? Sciences & Officine. 2002(5):8-11.