lundi 28 décembre 2009

Alli® : essai manqué pour les pharmaciens

Alli® a fait une entrée triomphale le 6 mai dernier sur le marché des médicaments-conseils (ie. hors prescription) : je me souviens encore des panneaux d’affichage dans les gares et sur les places de marché. Son délistage (ie. vente hors prescription médicale) par les autorités sanitaires avait également valeur de test, le maniement de la pilule Alli® demandant plus de précautions que le Zyrtec®.

Alli® bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché européenne dans le traitement du surpoids (Indice de Masse Corporelle supérieure ou égale à 28kg/m²) en association avec un régime modérément hypocalorique et pauvre en graisses. Des interactions ont également été signalées avec : les pilules contraceptives, les anticoagulants oraux, le Levothyrox®, les antiépileptiques, l’amiodarone. Aussi, cette mise à disposition en vente libre de l’Alli® était l’occasion pour les pharmaciens d’officine de mettre en valeur leurs compétences sur le médicament et ainsi affirmer la plus value des tâches pharmaceutiques. Il n’est pas question de demander au pharmacien de réaliser le suivi d’un régime – ceci étant du ressort des diététiciens – mais d’accompagner de la « prescription » d’un médicament. Là était tout le sens de la Fiche de d’aide à la dispensation rédigée par l’Afssaps (au passage, il est bon de rappeler que l’Afssaps s’est prononcée contre le délistage de l’orlistat).

Il nous était demandé de nous assurer de l’absence de facteurs de co-morbidité sous-jacents comme l’hypercholestérolémie, le diabète de type II, d’éviter les mésusages comme une durée d’utilisation trop longue, une utilisation par des adolescents, ou une utilisation à des doses trop importantes et de contrôler les interactions médicamenteuses. Et s’agissant d’un médicament avec des effets indésirables, il eût été tout à fait normal que le pharmacien s’enquière du déroulement du traitement et de son efficacité. Je n’ose pas rêver que ces tâches pharmaceutiques pussent être réaliser dans le cadre d’un entretien pharmaceutique (je n’utilise pas le terme de consultation pour ménager les susceptibilités) mais tout au moins lors d’un temps privilégié entre la personne et le pharmacien.

Selon une étude de l’Afssaps, le mésusage d’Alli® a été de 17% (délivrance à des personnes présentant des contre-indications ou ayant un IMC≤28kg/m²). Ce pourcentage est étrangement proche de celui qu’a relevé l’Afssaps concernant le taux de signalements des effets indésirables associés à un usage inapproprié du médicament : 20% des déclarations en pharmacovigilance sont associés à une utilisation hors indication ou en dépit des mises en garde.

On peut également noter que 63% de ces déclarations d’effets indésirables ont été notifiées par les patients eux-mêmes ! Ce qui est rare. On peut se réjouir que l’autodéclaration des effets indésirables par les patients à l’Afssaps soit un succès. On peut également se demander si le fait que ce soit la personne elle-même qui déclare son effet indésirable ne souligne pas le déficit d’accompagnement des pharmaciens dans l’accompagnement de leur « prescription ».

Aussi, la réaction de l’Afssaps est sans appel : elle invite les patients prenant Alli® ou souhaitant débuter ce traitement à consulter leur médecin pour bénéficier d'un bilan de santé, notamment pour détecter d'éventuels risques liés aux pathologies associées. C’est une marque de désaveu profond du rôle d’acteur de Santé Publique du pharmacien d’officine (attention je ne veux pas dire par là que l’utilisation d’orlistat pour maigrir soit la solution la plus appropriée) : cela ressemble fortement à : « On vous a donné l’occasion de nous montrer que vous étiez aptes à diversifier votre activité vers l’accompagnement d’une prescription et non plus à la simple mise à disposition logistique du médicament, vous avez loupé le coche… tant pis ! ».

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