dimanche 12 juillet 2009

Petites réflexions autour de l'éducation thérapeutique

Depuis que je réponds aux personnes me demandant ce que je fais que je suis master d’éducation thérapeutique, je n’échappe pas à la question : « mais qu’est-ce que l’éducation thérapeutique ? » Mince alors, mais qu’est-ce que l’éducation thérapeutique, au-delà de la simple description pragmatique de l’activité d’éducation thérapeutique du patient ?

L’éducation thérapeutique ne se résume donc t’elle qu’à un transfert de savoirs des professionnel de santé vers les patients au sujet des traitements et de la maladie ? Est-ce des activités organisées, y compris un soutien psychosocial, conçues pour rendre les patients conscients et informés de leur maladie, des soins, de l’organisation et des procédures hospitalières, et des comportements liés à la santé et à la maladie. Ceci a pour but de les aider (ainsi que leurs familles) à comprendre leur maladie et leur traitement, collaborer ensemble et assumer leurs responsabilités dans leur propre prise en charge dans le but de les aider à maintenir et améliorer leur qualité de vie ? (HAS, 2007)

Cette question pose nécessairement la question de la connaissance. Les connaissances, au sens épistémologique constructiviste, sont construites, adaptées, négociées, organisées par les personnes pour faire sens de ce qui se produit ; la connaissance est indissociable du sujet connaissant : elle n’a de sens ni de valeur en dehors de lui (Sarbin & Kitsuse, 1994).
C’est à partir de sa propre expérience du réel que la personne construit sa connaissance : la connaissance ne se trouve ni dans l’objet de connaissance, ni dans le sujet connaissant mais elle se développe dans leurs interactions. Il n’y a donc pas de vérité objective mais une connaissance pragmatique, au sens où elle se révèle progressivement par l'expérience.
De plus, la personne n’accède à l’objet de connaissance que par son propre projet de connaissance, c’est-à-dire par rapport à l’objectif qu’elle s’est fixée en lien avec l’acquisition de nouvelles connaissances. Par conséquent, les connaissances étant fonction du rapport que la personne entretient avec la réalité à travers ses expériences, il n’y a pas une seule réalité mais des réalités multiples qui sont des constructions mentales locales, spécifiques et contextualisées, qui sont élaborées par la personne pour donner du sens au vécu.
La connaissance n’est alors connaissance que si la personne lui accorde une valeur propre. Et, c’est par l’expérience que la personne lui attribue cette valeur en appréciant les conséquences des actions qu’il a élaborées à partir de cette connaissance. La connaissance est alors viable, c'est-à-dire qu’elle permet à la personne de survivre ou d’atteindre un but signifié.
La variabilité des connaissances à propos d’un même objet de connaissance ne signifie pas que les connaissances des uns soient plus vraies que celles des autres et encore moins qu’elles soient figées. En effet, une connaissance viable fonctionne et reste la même dès lors qu’aucune autre expérience ne vient la contredire ou la déstabiliser. Cependant l’échec de la connaissance dans une nouvelle situation, qui crée un déséquilibre entre la connaissance et l’expérience de la personne, permet la résurgence du principe de réalité. Dès lors, les connaissances changent, évoluent et se modifient par réfutation ou adaptation de l’ancienne connaissance. Il y a donc construction d’une nouvelle connaissance, à partir de l’ancienne, qui permet de retrouver l’équilibre.
Le sujet est l’auteur et l’acteur de sa connaissance à travers ses expériences, ses projets de connaissances et ses connaissances plus anciennes.

Mais alors quelle conséquence pour le professionnel de santé ?
Bien au-delà du centrage sur la personne en lui accordant une importance centrale dans la participation et la collaboration du programme d’éducation thérapeutique, cela implique que la connaissance du professionnel de santé éducateur thérapeutique n’est pas plus vraie que celle du patient, même si elle correspond aux savoirs biomédicaux codifiés. En outre, la connaissance dépendant d’un projet de connaissance personnel de la personne, le professionnel de santé éducateur thérapeutique ne peut donc pas définir ce qu’un patient a à connaître. Les programmes d’accompagnement et éducation thérapeutique doivent donc créer les conditions de création des connaissances par le patient selon leur propre projet de connaissance et non basiquement transmettre un savoir codifié inutile à la personne. Cela demande le renoncement de la part du professionnel de santé éducateur thérapeutique à l’autorité de sa propre connaissance, celles-ci n’ayant pas plus de valeur que celles du patient.

Ainsi, l’éducation thérapeutique viserait à rendre la personne autonome, créative et libre.
… au final ne serait-ce pas ce que devrait faire toute éducation ?



Haute Autorité de Santé (2007), Éducation thérapeutique du patient Définition, finalités et organisation

Sarbin T. R. et Kitsuse, J. I. (1994), Constructing the Social, Londres, SAGE Publications Ltd, 270p.