mercredi 17 novembre 2010

Bonheur, Science et Oscar Wilde

La (prestigieuse) revue Science vient de publier dans son numéro du 12 novembre dernier les résultats d'une étude américaine sur le bonheur (1). L'originalité de la recherche réside dans son outil de recueil de données... il s'agit d'une application iPhone! Décidément un iPhone, çà sert à tout: GPS, localisation des McDo, mesure de vos cycles de sommeil pour un réveil en douceur, outil de recherche en psychologie... et téléphone! L' iPhone sonnait de manière aléatoire, la personne devait alors préciser son activité, ce à quoi elle pensait et son état de bonheur.

Première leçon de l'étude, dans 46,1% des cas, on pense à autre chose que ce que nous sommes en train de faire... surtout au travail (milles excuses à mes anciens employeurs) et lorsqu'on prend soin de soi. C'est l'inverse quand on mange (quel aurait été les résultats sur un échantillon français?!), quand nous faisons du sport... et le top du top quand on fait l'amour... là on ne pense à rien d'autre que l'activité en cours dans 90% des cas (les 10% restants correspondent aux simulations?).

Deuxième leçon: plus on pense (au passé, au futur, qu'on laisse vagabonder son esprit à ses rêves) plus on est triste... et ce même quand ce sont des pensées agréables! Pas de pot.

Troisième leçon: les pensées des personnes prédisent mieux leur état de bonheur que ce qu'ils font; les deux semblant être indépendant.

Les auteurs concluent ainsi: "Un esprit humain est un esprit vagabond, et un esprit vagabond est un esprit malheureux. La capacité de penser à quelque chose qui n'existe pas est un progrès cognitif qui se traduit par un coût émotionnel". Humains, souffrez! C'est votre condition! Mais le bonheur n'aurait-il pas également une composante sociale ou anthropologique?

Concrètement quand on souffre: déconnectez votre cerveau, si vous n'avez pas de bistouri sous la main, préférez les activités avec vos enfants (ou faites en), le shopping (passez voir votre banquier avant... vous risquez d'être triste après...), discutez (méfiez-vous quand même, à trop parler on peut ennuyer les gens ou paraître arrogant), le sport (mais pas trop violemment si vous n'en avez pas fait depuis longtemps... quoique les douleurs de tendinites empêchent de penser... la douleur rendrait-elle alors heureux? masochisme quand tu nous tiens) ou faites l'amour (mais là encore il y a des caresses, inoubliables, inégalées, inégalables, dont l'absence et le souvenir sont douloureux). Fuyez le travail (voilà un nouveau motif d'ITT: je suis triste, je ne peux pas venir travailler... au passage l'étude invalide l'adage comme quoi il faut se réfugier dans le travail quand on est triste, mais aussi l'idée que la vie professionnelle rend heureux) et éviter de prendre soins de vous (et oui finis les massages, masques, gommages, spas... çà n'a pas l'air de fonctionner).

Quand j'ai lu cet article, je n'ai pu m'empêcher de penser à une citation d'Oscar Wilde: "Aujourd’hui la plupart des gens se consument dans je ne sais quelle sagesse terre à terre et découvrent, quand il n’en est plus temps, que les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais" (2).

Et je ne résiste pas à vous faire partager cette scène de Filles Perdues... Cheveux Gras!


(1) Killingsworth MA, Gilbert DT. A wandering mind is an unhappy mind. Science. 2010 Nov 12;330(6006):932.
(2) Wilde Oscar. Le Portrait de Dorian Gray. 1891

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