vendredi 29 janvier 2010

Ketum le retour

Un lecteur avisé m'a fait remarqué que ma mauvaise foi légendaire et mon caractère vindicatif m'empêchait de mettre à jour mon post du 21 décembre sur le retrait du Ketum®.

Mercredi 27 janvier, toutes les pharmacies de France et Navarre ont reçu le communiqué de presse du Laboratoire Menarini annonçant le retour du Ketum®. Le laboratoire commercialisant le Ketum® a déposé, fin décembre, auprès du Conseil d'Etat, une requête en référé-suspension de la décision de l'Afssaps de retirer du marché français un médicament dont la balance bénéfices/risques avait été jugée négative en pharmacovigilance.

Mardi 26 janvier, une ordonnance du juge des référés du Conseil d'Etat, prise dans le cadre de la procédure d'urgence, suspend la décision de santé publique de l'Afssaps en attendant une décision sur le fond du recours.

Il apparaîtrait qu'il s'agisse d'une première en France. Aucune décision de santé publique en lien avec la pharmacovigilance n'aurait été encore remise en question par la justice. Je ne suis pas juriste, mais une chose me surprend néanmoins. Le référé-suspension permet de paralyser l'exécution d'une décision administrative. Or pour ce faire, le requérant doit établir l'urgence de suspendre la décision administrative et faire douter de la légalité de l'acte administratif.

L'ordonnance du juge des référés de n'est pas encore disponible sur le site du Conseil d'Etat. Je serais très curieux de connaître l'argumentaire. Ou est-ce simplement une décision technique en attendant que le Conseil d'Etat ne se prononce sur le fond? Toujours est-il que le caractère urgent est difficilement entendable dans le sens où le Ketum® est un médicament indiqué dans des pathologies dont le risque vital n'est pas engagé et pour lesquelles il existe des alternatives thérapeutiques: ibuprofène, diclofénac et acide nuflimique.
Concernant la légalité de la décision de l'Afssaps, elle est intervenue à la suite de la procédure nationale de réévaluation de la balance bénéfices/risques des gels à base de kétoprofène. Inutile de rappeler que l'Afssaps est la seule agence compétente dans ce domaine en France, avec l'EMEA. Et il est bon de rappeler qu'un pays de l'Union Européenne peut suspendre une autorisation de mise sur le marché unilatéralement, ce fut le cas ces dernières années avec le DiAntalvic® par exemple.

L'Afssaps n'a pas dit son dernier mot puisque la même réévaluation est en cours au niveau européen à l'EMEA. Je n'ai toujours pas vu dans publications indexées Pubmed d'études méthodologiquement bien menées prouvant la supériorité, ou la non-infériorité, du kétoprofène par rapport à ses alternatives thérapeutiques.

Je suis vraiment déçu parce qu'il s'agissait d'une décision pionnière et courageuse de l'Afssaps et qu'elle peut être balayée par les appétits financiers d'un groupe qui se vante de génèrer plus de 2,6 milliards d'euros de chiffre d'affaire annuel, au mépris de l'intérêt des personnes.Quoi? je crois encore au monde des bisounours?


Mise à jour le 4 mai 2010: détail de la décision du Conseil d'État
Mise à jour le 28 juillet 2010: le Ketum reste

mercredi 13 janvier 2010

Rapport Rioli: réactions sur le thème de l'éducation thérapeutique

Je suis très heureux de voir figurer parmi les nouvelles tâches pharmaceutiques proposées dans le rapport Rioli la mission d'éducation thérapeutique du patient! Bien que je ne doute pas que ce soit une volonté de la profession depuis déjà plusieurs mois!

Par contre je fus extrèmement choqué par une des phrases du rapport. Je vous la livre: "Les patients ont des connaissances approximatives plus ou moins appropriées, au demeurant aussi perturbées par celle qu'ils ont ou croient avoir acquises dasn les magazines ou sur Internet et aujourd'hui il n'est plus envisageable de délivrer un produit de santé sans donner l'information professionnelle associée". Gloups! Une connaissance, on l'a, c'est peut-être un peu une remarque d'universitaire mais une connaissance n'est pas un savoir! De deux, de quel droit pouvons nous qualifier la connaissance d'une personne de perturbée, d'approximative et d 'inappropriée! C'est nier la valeur que les personnes accordent à la connaissance qu'ils acquierent! La connaissance est acquise dans un but précis, et cette recherche d'informations sur internet est un coping, une stratégie d'ajustement au stress du vécu de la maladie! Donc se méfier!

A la lecture du rapport Rioli, ce dont j'ai peur c'est qu'il soit très fidèle à la pensée de la profession selon laquelle l'éducation thérapeutique n'est que de l'information sur la thérapeutique! L'éducation thérapeutique est un véritable changement de paradigme pour le champ médical! L'éducation thérapeutique ne doit pas être un prétexte au transfert de responsabilité du soignant sur le patient! L'éducation thérapeutique ne doit pas donner au patient autonomie sans liberté! L'autonomie ne peut pas se penser sans la notion de liberté! Le couple liberté/autonomie est indissociable! Sans quoi l'autonomie sans liberté n'est qu'un système de régulation supplémentaire de la personne malade! Rousseau écrivait que pour être libre l'homme devait envoyer paître curé, médecin et professeur! L'éducation thérapeutique doit permettre à la personne d'atteindre le bien être (cf. la définition de la santé de l'OMS) en l'aidant à developper l'ensemble des ses potentialités. C'est pourquoi j'ai peur que l'éducation thérapeutique version pharmacien soit encore moins ambitieuse que celle dérivée de la pédagogie par objectif de l'Ecole de Bobigny!

Je pense que les pharmaciens n'abordent pas l'éducation thérapeutique sous le bon angle! Nous devrions interroger les pratiques professionnels pharmaceutiques au travers des théories pédagogiques. Ce rapport souligne bien le décentrage à venir du pharmacien du médicament vers la personne, du passage de la phamacie clinique, centrée sur le médicament, aux soins pharmaceutiques, centrés sur la personne. Nous ne devons pas laisser cette chance et imiter les douzes théoriciennes des soins infirmiers et faire aussi bien que le concept du care!

dimanche 10 janvier 2010

Rapport Rioli: réactions sur la forme

Le rapporteur choisit pour ce rapport est Michel Rioli; pour ma part un illustre inconnu! Vous allez me rétorquer qu'Attali est déjà très occupé! Certes. Tout ce qu'on sait c'est qu'il est conseiller en Economie Stratégie et Développement des Entreprises. Bien loin de moi l'idée de critiquer le fait qu'il ne soit pas pharmacien, mais j'aimerais savoir auprès de qui ce monsieur travaille! Il est d'ailleurs surprenant de taper son nom dans Google et de ne rien trouver sur ces travaux précedents!

Concernant les membres du groupe de travail, autant je comprends qu'ils soient exclusivement des pharmaciens puisque ce document doit être le socle qui formalise les attentes d'une profession, autant je trouve inadmissible que les seuls experts auditionnés soient des experts-comptables et des avocats! A l'heure où nous commençons à penser les soins pharmaceutiques, alors même que ce rapport invite à penser notre pratique professionnelle de manière centrée sur le patient, et plus largement sur la personne, je trouve inacceptable que les représentants de associations de patients et de consommateurs n'aient pas été consultés!

Je fus agréablement surpris de constater que les resprésentants des étudiants furent conviés aux travaux. En revanche, il y avait une grande absente: la section D de l'Ordre des Pharmaciens n'était pas représentée! Autrement dit, exit les pharmaciens adjoints d'officine (ie. les pharmaciens salariés): vous la relève des titulaires, vous n'avez pas voix au chapitre! Seuls les représentants ordinaux et syndicaux des titulaires d'officines (à ma connaissance, il n'y a pas de syndicats pour les pharmaciens adjoints) ont participer à la réflexion sur l'avenir de notre profession. De même, il eut été intéressant de convier des représentants des préparateurs en pharmacie; comme si ils allaient être étrangers aux modifications des pratiques pharmaceutiques! Cette exclusion est manifeste au coeur du rapport puisqu'il est plusieurs fois souligné que les diversifications des tâches pharmaceutiques se feront au profit du pharmacien. Cependant, il est illusoire de penser que la diversification des tâches pharmaceutiques n'entrainera pas un glissement des anciennes tâches au profit des préparateurs!

Alors que le rapport est bâti en deux volets, le premier relatif aux pratiques professionnelles et le second relatif aux nouveaux modes de rémunérations, je déplore qu'on nous bassine toutes les cinq lignes avec la nécessité de modifier le mode de rémunération des pharmaciens à chaque fois qu'on présente une nouvelle tâche! Certes notre mode de rémunération est stupide, certes il n'encourage pas à une éthique tournée vers la personne ni ne valorise la tâche pharmaceutique et sa plus-value. Mais à le ressasser sans cesse tout au long du rapport, on en vient à se demander si la seule motivation des pharmaciens ne serait que pécunière! Quoi, j'ai encore quelques illusions? J'ai toujours pensé qu'il fallait que nous fassions et que nous montrions que nous faisions bien avant de demander quelque-chose en retour! Je rappelerais également cette anecdote grenobloise: un réseau de soins de ville pour le diabète a décidé d'intégrer le pharmacien d'officine au suivi éducationnnel du patient. Les pharmaciens ont répondu favorablement à condition d'être rémunérés. On leur offre 39€ la consultation. En un an d'existence, aucun pharmacien ne s'est impliqué. Pourquoi?

Je pense qu'il y a un manque de diversité dans les acteurs de la rédaction de ce rapport, bien que Michel Rioli se félicite du contraire. Cependant, il a le mérite d'avoir été signé par la quasi-totalité les syndicats officinaux (la FSPF a participé au groupe de travail mais était absente à la signature) et de constituer par conséquent une base de réflexion pour la profession.

Rapport Rioli: réflexions des représentants des pharmaciens sur l'avenir de l'Officine

Le rapport Rioli est le résultat de la réflexion des représentants des pharmaciens d'officine français sur l'évolution de la profession dans le cadre de la loi HPST. Rendu à Roselyne Bachelot le 26 novembre, il dormait paisiblement dans la pile "à lire" sur mon bureau. Ma curiosité fut piquée lorsque le Pr. Jean Calop le qualifia de rapport le plus encourageant qu'il ait vu. On peut également noter qu'il fut l'objet d'une question au gouvernement le 8 décembre dernier du député des Alpes Maritimes, Jean-Claude Guibal; je concède que cette question était purement formelle et qu'elle avait pour vocation de valoriser Roselyne Bachelot et sa loi HPST, mais bon, c'est suffisant pour attiser ma curiosité!


Je ne me suis attardé que sur la partie professionnelle du rapport, c'est-à-dire celle qui touche à l'évolution des pratiques professionnelles pharmaceutiques (il y a une deuxième partie qui aborde l'évolution du mode de rémunération des pharmaciens d'officine). Et là, autant dire que je suis resté sur ma faim! Mes réactions par rapport au rapport Rioli feront l'objet de plusieurs billets thématiques à suivre.

Grippe: çà ne soigne pas, mais çà occupe!

Voici un sketch de Pierre Dac pour les Actualités Françaises de janvier 1949... 50 ans et toujours d'actualité... excepté qu'en ce temps là, la grippe était italienne!

retrouver ce média sur www.ina.fr


Source: INA.fr

mercredi 6 janvier 2010

Jacques de Ceaurriz, un illustre nous quitte


Jacques de Ceaurriz est peut être un nom qui ne vous dit rien, et pourtant... nous avons tous entendu parler au moins une fois du fruit de son travail. Jacques de Ceaurriz n'était autre que le directeur du Laboratoire National de Dépistage du Dopage de l'Agence Française de Lutte contre le Dopage, qui fit tombé quelques stars, notamment dans le cyclisme.

Il est toujours triste de voir partir des confrères et des pairs de sa valeur et de son intégrité. Nul doute qu'il a rejoint nos illustres prédécesseurs Parmentier et Moisan.


Crédit photo: AFP

dimanche 3 janvier 2010

Du Tamiflu en veux-tu? En voilà! Debré confirme mon hypothèse

Le 22 décembre dernier, j'avais émis l'hypothèse que l'Etat avait pris la décision de mettre tout le monde sous Tamiflu® dans le but de ne pas à avoir à assumer, financièrement et politiquement, la destruction de 33 millions de gélules de Tamiflu®. Bernard Debré, médecin et député UMP de Paris, la confirme aujourd'hui dans une interview accordée à la Radio France Info.
Ecoutez l'interview de Michel Debré