vendredi 22 février 2013

Leclerc, les pharmaciens et la traçabilité

Michel-Edouard Leclerc a remis çà. Sa dernière publicité n'a échappé à personne. Ce fut même l'objet des discussions du déjeuner de lundi au laboratoire. Laboratoire de 230 personnes, qui ne regroupe que 6 pharmaciens...
Les parodies lui répliquant ont vite fleuri sur les réseaux sociaux, lui répliquant.



Ces deux réponses parodiques de ma corporation se fondent sur le même argument: celui de la traçabilité. Comment Michel-Edouard Leclerc peut-il envisager de vendre des médicaments, produits nécessitant une sécurisation maximum de sa chaine de distribution, alors qu'il n'est pas capable d'assurer à ses clients l'origine de la viande utilisée dans les produits qu'il commercialise?

Michel-Edouard Leclerc est-il responsable des ingrédients entrant dans la composition des produits manufacturés qu'il vend? Je crois que la réponse est non.
Michel-Edouard Leclerc est responsable de son rayon boucherie. Et depuis l'épidémie de la vache folle, force est de constater que la traçabilité est strictement respectée: à ma connaissance, aucun scandale à l'heure actuelle.
Si Michel-Edouard Leclerc vient un jour à vendre des médicaments, la sécurisation du circuit du médicament sera assurée de la même manière. Et Michel-Edouard Leclerc embauchera des pharmaciens pour verrouiller le circuit.

"Oui mais on n'est pas des épiciers".
Lorsque mes oreilles trainaient à la cafétéria lundi midi, elles ne cessaient de capter la même phrase: "de toute façon, quand je vais à la pharmacie, on me donne la boîte de paracétamol, on ne me demande rien".
Tout pharmacien pourra vous conter ces faits d'armes lorsqu'il arrêta une interaction médicamenteuse. Je ne suis pas en reste.
Tout pharmacien pourra vous dire quels sont les patients qui surconsomment paracétamol, Dulcolax et autre produits codéinés.
Mais où est la traçabilité?
Où sont les preuves de nos exploits quotidiens?
Que pouvons-nous produire aux pouvoirs publics afin de justifier de notre action quotidienne au service des soins?
Nul part.
Rien.
Aucune traçabilité des interventions pharmaceutiques officinales.

Depuis 2006, les pharmaciens cliniciens hospitaliers trace leur activité grâce à ACT-IP, une base de données nationales. 112 000 interventions pharmaceutiques, renseignant le problème détecté, l'intervention proposée et l'acceptation ou le refus du prescripteur, ont été documentées au sein de la base.

Je ne demande pas que les officinaux créent leur propre base de données.
(çà ne sera pas utile d'ailleurs - Spoilers - )
Mais chaque pharmacie d'officine pourrait assurer la traçabilité des interventions qu'elle réalise.
Je n'en connais qu'une qui le fait.

Et là, nous deviendrions crédible.



Pour lecture: 
Bedouch P, Charpiat B, Conort O, Rose FX, Escofier L, Juste M, Roubille R, Allenet B.
Assessment of clinical pharmacists' interventions in French hospitals: results of a multicenter study.
Ann Pharmacother. 2008 Jul;42(7):1095-103.

lundi 18 février 2013

Petit tour des pharmacies grenobloises

Le semaine dernière, je suis parti à la pêche aux participants pour mon étude. Elle attrait aux nouvelles missions du pharmacien d'officine. Pour se faire, dans un premier temps, je mène des entretiens de recherche de groupes auprès des différents acteurs impliqués: les patients, les médecins généralistes et les pharmaciens d'officine.
Je ne connais pas le réseau officinal grenoblois. Je n'ai pas oublié le précepte d'un ancien employeur: "montre ta gueule!" - Un autre, qui ne fut jamais mon employeur, me dira plus tard: "ferme la." -
J'ai donc chevauché mon vélo pour rencontrer les pharmaciens.
Petit tour d'horizon de mes rencontres.

Tout a commencé par la pharmacie à 300 mètres de chez moi. Voilà une pharmacienne qui me redonnerait envie d'exercer! Proactive, elle n'a pas peur de se lancer dans des projets, seule, en coopération avec le CHU! Elle est devenue pharmacien de ville référente pour les patients bénéficiant d'une chimiothérapie. Elle a mis en place une permanence téléphonique avec arbre décisionnel pour établir le niveau d'urgence de la demande et réorienter correctement le patient. Une mission qu'encadre le pharmacien correspondant! Elle ne demande pas (encore) de rémunération pour ce service.
Mon parcours s'est fini chez un pharmacien très investi dans un réseau de soins de rhumatologie. Aucune hésitation pour lui, le pharmacien doit diversifier et spécialiser son activité. La dispensation échappera à l'officinal: les grossistes ont le réseau pour devenir des "Pharmacies à Usage Intérieure"... en ville. A suivre.

Entre eux, il y eut les autres. Ceux que te regardent de leurs gros yeux globuleux que je leur dis que je suis pharmacien au CNRS. A croire que pour eux, imaginer un pharmacien ailleurs que derrière un boite d'aspirine ou une crème LIERAC est impossible. Puis ils lâchent un long soupir de fatigue. Oui, ils n'ont plus de temps. Je dirais qu'il n'en ont jamais eu. Et ils me disent au revoir en me souhaitant de manière faussement affectée "bon courage"; dans les yeux, je peux lire "toi t'es un fada, on s'enfout des nouvelles missions."

Mais le pompom revient à une pharmacie de la banlieue grenobloise. Regarder bien la vitrine.


Rapprochons-nous pour être sûr!


Non, c'est bien çà, cette pharmacie a préparé l'avenir en installant un distributeur automatique de médicaments! Mais je vous rassure, à l'intérieur, il y a un espace confidentiel avec un joli panneau: "Bilan pharmaceutique". L'honneur est sauf.

Il y eut aussi une bonne surprise: l'OCP accepta de diffuser mon invitation à participer à la recherche. Certes, le rendement est mauvais: 0,5% de taux de réponse! Mais leur implication m'a fait plaisir et elle est bonne à souligner! D'autres n'ont pas daigné me répondre. Je dis çà...

Pour conclure, petit bilan d'étape: en une semaine, j'ai réuni 14 pharmaciens motivés (il m'en faut 24). Tout n'est pas perdu!